Jean-Pierre Pamier
directeur de la rédaction, Franchise-magazine.com
L’enquête sur le développement des réseaux que nous avons publiée récemment sur notre site montre que la crise n’a pas épargné la franchise et le commerce associé en 2009. Pour autant, les développeurs ne jettent pas l’éponge et sont nombreux à mettre en avant des stratégies de conquête pour 2010, confiants dans la puissance de la franchise ou du système coopératif.
L’année 2009 n’aura pas été un grand cru pour la franchise. En chiffres d’affaires, comme en recrutement, la crise a pesé, quoi qu’on en dise.
Et pourtant. Officiellement,
Un dynamisme apparent que nuancent toutefois les résultats de l’enquête réalisée, comme chaque année depuis 1988, par la rédaction de Franchise Magazine sur le développement des réseaux en France.
Toutes les enseignes ne sont pas, en effet, en phase de recrutement de partenaires.
En tous cas pas activement.
Et les 400 réseaux pour lesquels nous avons pu faire une comparaison (entre leurs déclarations de fin 2008 et celles de fin 2009), n’ont que très peu fait progresser leur parc d’établissements franchisés en un an.
En passant de 36 620 unités partenaires fin 2008 à 36 983, ces 400 enseignes n’ont en effet gagné, ensemble que 363 établissements franchisés ou associés. Soit moins de 1% !
Le rythme de 5%, qui était en effet celui des années précédentes, n’a pas été confirmé en 2009.
Principaux coupables : les services et plus particulièrement les grands réseaux d’agences immobilières qui ont subi d’importantes pertes. Mais pas seulement.
La crise a eu un impact négatif pour le recrutement en franchise dans d’autres secteurs. C’est vrai dans l’automobile (lavage, location), dans l’équipement et les soins de la personne (optique, parfumerie, articles de sport, bijoux, amincissement), dans l’habitat (bricolage, piscines, maisons individuelles), dans les loisirs (photo, jouet), la maison (salon, discount, brun-blanc, décoration d’intérieur et même les cuisines) et encore dans certains services.
C’est l’inverse dans la restauration. Même si la fréquentation n’a pas été au mieux, jusqu’en juillet surtout, dans les établissements existants, même si la restauration rapide a commencé à son tour à progresser moins fortement, le secteur s’est très bien développé en franchise.
Le grignotage a « cartonné » (pâtes à emporter, hamburger, sandwichs, restauration rapide, pizza). La cuisine italienne – où certains groupes font le pari du développement en franchise plutôt qu’en propre – et les grills ont également progressé.
Parmi les autres secteurs en forme pour ce qui est du recrutement de partenaires : l’alimentaire spécialisé (vins, chocolats), les fleurs, les fenêtres, les énergies renouvelables, les piles/batteries, le bio, les instituts de beauté, les conseils nutritionnels, la puériculture, les services à la personne, le courtage (en travaux, en crédits), l’intérim, la diffusion de la presse, la téléphonie, la bureautique, la fête, la remise en forme, le vélo et bien sûr l’achat-vente (le « cash »).
Des secteurs et des réseaux proposant, on l’aura compris, produits ou services bon marché, remèdes anti-crise ou activités en phase avec les préoccupations de l’époque, pour la planète notamment.
Toutefois, même là où les consommateurs se livrent à des arbitrages, les chaînes d’une manière générale se comportent mieux que les indépendants isolés. Et, parmi les réseaux, quelques-uns font exception, se battant avec plus de succès que les autres.
Dans l’habillement par exemple, marché difficile, des chaînes comme Kiabi, Célio, Esprit ou Orchestra ont bien progressé. Atouts majeurs de ces enseignes ? Des collections de qualité et une logistique à toute épreuve.
Autre stratégie, suivie –c’est intéressant – par des coopératives comme Bébé 9 (puériculture), ou Point S (réparation rapide automobile, un marché très disputé et pas très porteur) : une centralisation accrue des achats, un recentrage sur un nombre plus limité de fournisseurs et l'application renforcée d'une politique commerciale commune aux adhérents. Résultat : ces enseignes se sont, elles aussi, bien développées en 2009.
Dans la restauration à thème (touchée globalement par la crise), certains (comme
Et 2010 ?
Que sera le développement des réseaux en 2010 en France ? Difficile de le savoir tant que la visibilité ne sera pas meilleure sur le plan macro-économique. La consommation va-t-elle tenir ? Certains économistes l’assurent. Quand les taux de crédit vont-ils remonter ? Sans doute avant la fin de l’année. Etc.
Dans ce contexte particulier, les réseaux font plutôt preuve de sérénité et d’opportunisme. « On ne sait pas très bien où l’on va, mais puisque des signes favorables existent : manifestons-nous », telle semble être la devise des développeurs. Qui savent aussi qu’un flux de candidats venant du salariat est toujours possible tant que la crise n’est pas terminée.
668 réseaux du commerce indépendant organisé ont, ainsi répondu à notre enquête développement 2010 et ont annoncé vouloir ouvrir (par création, reprise ou ralliement) près de 12 unités partenaires en moyenne par enseigne cette année.
Des chiffres à prendre avec précaution, dans la mesure où il s’agit d’une communication à destination des candidats et que mieux vaut faire envie que pitié… Mais tout de même le signe d’un certain optimisme.
Les professionnels auront, à la mi-mars, au Salon de la franchise de Paris, des indications plus précises sur les véritables tendances du marché. Mais d’ores et déjà, il est certain que la franchise continue d’attirer les entrepreneurs. On l’a encore constaté début février au Salon du même nom à Paris. Et nous le voyons tous les jours sur notre site internet.
Une chose est sûre : aucun dirigeant de réseau souhaitant se développer avec des partenaires ne peut ignorer ces signaux encourageants.